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mardi 13 mars 2018

Mettre votre talent de créatrice au service des commerçants


Au détour de nos lectures web, nous sommes tombées sur cet article publié sur Linkedin : "Art & Retail : Quand les artistes créent l’expérience client dans les vitrines des marques". Cet article souligne l'intérêt pour les grandes marques de repenser leur point de vente en créant notamment de l'émotion dans l'expérience client qu'elles souhaitent proposer.

Inviter l'art dans les vitrines est une façon originale de transformer une boutique physique en un espace de découvertes. On sort du champ purement commercial pour inviter le visiteur à vivre l'achat autrement.

C'est donc naturellement que nous avons fait le lien avec une opportunité logique pour les Entrepreneuses Créatives qui ont tout le talent nécessaire à une telle mise en pratique. 

Nous sommes allées à la rencontre de deux de ces entrepreneuses qui sont passées à l'acte et sont intervenues pour des commanditaires différents : un événement parisien éphémère et une boutique de renom en province. Il est en effet important de distinguer ces deux types de lieux dont les contraintes d'installation ne seront pas les mêmes pour la créatrice qui y installera son décor.


Une expérience riche en apprentissages terrain

Pour Emilie Bredel, artiste sculpteur en fil de fer, sa première expérience en création de vitrine était pour l'une des ventes privées de créateurs organisées par l'Hôtel Bohème (son portrait est à retrouver ici).

Une première pour elle qui s'est avérée être une vraie source d'apprentissages. : " Mes sculptures n'habillaient pas assez l'espace, le fil de fer n'est pas assez visible lorsqu'il n'est pas présenté devant un fond uni. J'avais prévu, des coquillages dont certains pailletés, des branches transformés en coraux, des guirlandes lumineuses mais ça n'a pas suffit."

En effet, les créations fait-main ont besoin d'un environnement spécifique pour s'exprimer pleinement. Leur mise en valeur varie selon l'endroit et les conditions dans lesquelles vous les exposerez (luminosité, passage, accroche....). Il faut donc prendre en compte des conditions différentes dont celles dont vous avez l'habitude.

"J'ai fait des pièces très complexes qui m'ont pris un temps fou comme des méduses et des hippocampes mais ce n'était pas adapté pour ce grand espace. Ils étaient trop hauts pour ne pas gêner la circulation des visiteurs et un peu perdus dans cet open space. Enfin j'avais prévu quelques éclairages avec des tessels de miroirs pour créer des miroitements afin de créer une ambiance aquatique mais l'espace était trop lumineux pour pouvoir les voir!" explique-t-elle avec le recul. 

On comprend ici la difficulté à anticiper les facteurs techniques venant directement modifier la scénographie prévue. "La difficulté est de ne pas pouvoir faire des essais dans le lieu d'expo (loué pour des événements éphémères). J'avais essayé également de trouver un technicien lumière et des stagiaires en étude aux Beaux-Arts mais sans résultat. " explique-t-elle.

Emilie a ainsi appris les facteurs à prendre en compte pour la prestation suivante : "pour mon exposition à l'Espace François Mitterrand de Canteleau (76) j'ai cette fois pu concevoir une scénographie de papiers découpés au laser grâce à l'ouverture du Fablab Les Copeaux Numériques dans la région. J'ai également fait appel à l'expérience d'une architecte scénographe (Tsanta - Le studio éphémère)pour un espace précis de l'exposition. L'espace était vaste et il fallait absolument d'autres éléments que le fil de fer pour accrocher le regard et emmener les visiteurs dans mon univers animal et végétal. Pari réussi avec une multitude de feuillage et de fleurs en papiers découpés qui entouraient les animaux sauvages ou de la forêt et une scénographie en papiers calques avec une belle mise en lumière (effectuée par les techniciens du lieu d'expo) pour les animaux marins." 

L'expérience Hotel Bohème lui a donc largement servi pour réaliser cette nouvelle scénographie et cette créatrice s'est ainsi "rendue compte de l'importance d'une aide extérieure pour de tels projets. Lorsqu'on travaille seul(e) on a du mal à déléguer et on a tendance à tout vouloir réaliser pour rester "maître" du projet." Le résultat a été au-delà de ses attentes puisqu'il a renforcé l'univers poétique et aérien qu'elle souhaite exprimer dans ses sculptures. 

Se faire accompagner et travailler dans des conditions techniques optimales sont deux facteurs de succès important pour des mises en scène événementielles comme celles décrites ici par Emilie. Si les conditions d'installation diffèrent pour l'installation de vitrines chez les commerçants, les conseils restent complémentaires.






Démarcher les commerçants de sa région

Mais comment aborde-t-on ces fameux commerçants locaux susceptibles d'être intéressés par votre travail et une telle prestation ?

Astrid de Vachon, créatrice de la marque Estampapier de sculptures  en papier selon l'art du pliage japonais : l'origami, a eu la chance de décorer des vitrines de magasins à Compiègne, comme un magasin d'audition, une librairie et une boutique de chocolats et de thés ou encore la Lunetterie Dadier, très belle boutique proposant des lunettes de qualité et originales.

Elle explique avoir "démarché les toutes premières vitrines, choisissant les boutiques les plus chics de la ville et surtout celles qui ont une belle façade et une vitrine qui pourrait mettre en valeur" son travail. Elle ajoute que "dans les villes de province le bouche à oreille fonctionne très bien et - elle connait justement - bien l'équipe de la Lunetterie Dadier."

Si elle n'a pas de formation pour ce genre de métier (la scénographie = l'art de mettre en scène des objets), son travail s'y prête en réalité à la perfection et l'année dernière elle a ainsi eu le plaisir de préparer plusieurs suspensions pour une même boutique.

Mais un tel travail ne se fait pas comme ça : "il y a eu toute une préparation et une réflexion stratégique avant de partir à l'aventure. En premier lieu j'ai rencontré l'équipe de la Lunetterie Dadier, nous avons mis en commun nos idées, en tenant compte de ce qu'ils souhaitaient. Le temps de préparation a été le même que pour mes commandes, mais comme tout bon commerçant qui se respecte mes clients me l'ont un peu demandée au dernier moment. Pour une suspension il me fallait trois jours, j'en avait quatre à faire, j'ai mis le turbo et tout était prêt à temps pour le changement de vitrine et l'installation."

L’installation, comme l'évoquait plus haut Emilie Bredel, est en effet le moment où on peut se rendre compte du rendu réel final tous paramètres et inconnues confondus. 

Astrid elle s'est rendue à la boutique avec les quatre suspensions de diamants, le jour où ils changeaient la vitrine. Elle raconte "avec Clémence nous avons installées les suspensions en toute simplicité avec les clients qui allaient et venaient.  C'était assez simple et rapide puisque tout le travail avait été accompli à la maison. Il ne restait plus qu'à les suspendre. Quelques diamants étaient posés à côté des lunettes un peu partout dans la boutique. J'étais très contente car les vitrines avaient fière allure et mon travail a vraiment été mis en valeur."



Si une expérience n'en fait pas une autre, chaque nouvel essai permet une mise en situation dont vous pourrez tirer des apprentissages bénéfiques.

Les créatrices ont cette recherche constante de la perfection et un sens critique très affiné et exigeant quand il s'agit de s'auto-juger. Vous verrez des détails qu'un visiteur non aguerri ne remarquera pas en poussant la porte de la vitrine. Il est donc important de se satisfaire du challenge accompli que de la perfection non atteinte selon l'adage "Better done that perfect" (il est important de faire l'action plutôt que de rechercher la perfection à tout prix).

Astrid donne ainsi comme conseils aux entrepreneuses créatives souhaitant se lancer dans une telle activité de : "ne pas hésiter à se lancer, mais qu'il faut par contre bien préparer sa démarche et ce qu'on pourrait proposer. Toujours choisir les boutiques aux endroits stratégiques (lieux passants, beaux quartiers) et de belles façades, notre travail le vaut bien.  C'en est en effet une autre facette et c'est très enrichissant."


Quelques conseils supplémentaires

Nous rajouterons pour conclure cet article quelques conseils pratiques et stratégiques qui pourront vous aider à vous lancer. Nous sommes de celles qui aiment proposer gratuitement nos services pour nous faire connaître. Nous continuons d'ailleurs de façon ponctuelle et selon l'actualité du fait-main et de l'entrepreneuriat à répondre bénévolement à certaines sollicitations, pour ce qui est notamment de faire parler de nos ouvrages aux éditions Eyrolles.

Ainsi n'ayez pas peur pour vous construire votre première expérience de proposer gracieusement vos services à une boutique que vous appréciez et que vous connaissez, cela vous permettra un premier coup d'essai et de quoi débuter votre porte folio.

N'oubliez pas de prendre des photos de toutes vos vitrines, de les publier sur les réseaux sociaux pendant la période d'exposition, et sur son blog pour en garder une trace (il est en effet primordial de documenter votre parcours pour la suite), bref faites de votre prestation de scénographie éphémère un réel événement de communication !

Gardez aussi en tête qu'outre les bénéfices financiers que vous pourraient dans une second temps dégager d'une telle prestation, le but est bel et bien de profiter de cette occasion pour vous faire aussi votre "propre vitrine". Ainsi il est important de prévoir sur place de quoi vous retrouver en ligne : comme des flyers, des cartes de visite ou encore des cartes postales, le but étant de vous faire connaître et de vendre vos créations par la suite. Laissez sur place de quoi vous retrouver sur le web ou en vrai !

Soyez claire avec le commerçant sur les dates d'exposition (montage et démontage) et sur les modalités de la collaboration (certains commerçants pourront demander une commission sur la vente des décors si la demande se fait sentir). Enfin, ne négligez pas le démontage de votre installation qui demandera aussi du temps et de la logistique (tant qu'à faire autant que vos créations soient réutilisables par la suite. 





2 commentaires:

  1. Merci Sophie-Charlotte pour cet article qui met en lumière tout ce que les artisans créateurs peuvent faire.

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  2. Comme tout le monde, j'aime les belles vitrines... et ça me semble en effet un bon moyen de faire connaître son univers ! Je suis curieuse de savoir, en moyenne, quel budget une boutique indépendante consacre à ses vitrines ?

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